The Bookman, The Novel with an original soundtrack :

India Arie 

Morcheeba 

Jaguar Wright 

Terence Blanchard 

Lambchop

Beck

Picason

George Benson

Amy Winehouse

Lalah Hathaway

Faze Action

Talvin Singh

Maher Khaury & (M. Conn)

Cat Power

Jill Scott

Quite Sane

D’Angelo

Georges Moustaki

Esbjörn Svensson trio

Sidonie 

Dave Matthews band

Jethro Tull

The Black Crowes

Kula Shaker

Return To Forever

22 Pistepirkko 

Bernard Allison 

Death in Vegas

Mahavishnou Orchestra

and more...

VI

Comme dans un rêve…

 

Il ressenti comme un signal à l’intérieur de son crâne.  Celui-ci était faible et pourtant Iscleef n’avait, hélas, aucun doute concernant la signification de ce code qu’il avait appris à déchiffrer. Si tout allait bien, son cerveau se défendrait naturellement en libérant de l’endorphine pour contrer le mal. Dans le cas contraire, la douleur irait crescendo jusqu’à le faire souffrir atrocement. Iscleef qui avait d’autres projets pour ce soir, n’était pas si pressé de retrouver son lit. De toute manière, il savait qu’il aurait recours aux cachets pour stopper le mal à sa source sinon en atténuer les douleurs.

Il n’y avait pas grand monde dans la boutique aujourd’hui. Hormis Katsuo qui s’occupait d’une jeune demoiselle, il n’y avait pas grand-chose à faire. Iscleef, derrière la caisse, étiquetait et rangeait quelques articles. L’établissement n’était pas très grand. Plutôt intime et convivial. Le rendez-vous des connaisseurs et des habitués. Un endroit moderne et plaisant à la fois. Il avait rencontré toute sorte de gens. Cependant les articles étaient plutôt destinés à une clientèle branchée. Même si sa place était confortable, Iscleef n’avait pas envie de vendre des chaussures toute sa vie. Il avait en rêve de monter sa propre affaire, d’avoir son bar à fruit. Un lieu où les termes musique, plaisir et divertissement ne faisaient qu’un. Un lieu où on ferait la queue depuis Pluton pour assister aux concerts les plus prisés. Un projet qu’il avait proposé à Ouenda dont il en avait fait un associé naturel. Toutefois, leurs faibles revenus, à tous deux, ne le permettaient pas encore de pourvoir mettre sur pieds leur projet. Une affaire sans le sou n’était-elle qu’une utopie ? Et si cela ne donnait rien ici, cela voudrait-il dire que ça ne fonctionnerait pas ailleurs ? Dans le pire des cas si même le rêve américain leur était refusé, il y avait d’autres endroits sur la planète. De la place pour tout le monde, pour tous les rêves… ce petit monde est vaste.

Iscleef avait donc recours aux dons familiaux, ce qui leurs permettaient d’amasser progressivement et d’espérer. Il connaissait leurs potentiels et le projet tiendrait ses promesses. Ne serait-ce que pour l’idée, l’aventure méritait d’être tentée.

 

            La musique coulait à flot dans la boutique. Chunking avec la reprise : « Les Fleurs » de Minnie Riperton et une version de « Up with people » de Lambchop, revisitée par Zero 7, enveloppaient d’un charme onctueux toutes personnes qui se trouvaient dans les lieux.

C’est alors qu’il se déroula sous ses yeux, une scène des plus insolite. Katsuo dans  des efforts exagérés de galant homme s’était mué en masseur expert. Ses doigts glissaient délicatement sous la voûte plantaire d’une cliente à qui il présentait un nouveau modèle de chaussures et qui avait tout l’air d’apprécier la situation. Elle manifestait, d’ailleurs, son approbation par des rires étouffés. Le pied était bien là, entre les paumes de son collègue. Il était vrai que les escarpins choisis par Katsuo flattaient outrageusement les longues jambes de  la jeune femme. Iscleef n’avait pas deviné l’adorateur exacerbé des pieds féminins qui sommeillait en Katsuo. Ce dernier, pensait-il avait raté sa vocation. Il ne fallait pourtant pas chercher bien loin quant à sa reconversion : masseur… de pieds de femme ! Et il n’était pas loin de porter le fameux pied à sa bouche, de l’embrasser et de le…

Iscleef s’amusait à imaginer l’autre comme une sorte de bouc en rut fantasmant, bave dégoulinante devant la cheville offerte. Il n’était pas mal aisé de penser que sa complice du moment, dans ses manières, entrait également en oestrus vu comme elle se laissait faire. Iscleef savourait pleinement cet instant. Lui qui s’était déjà projeter à ce soir, en profitait sans en perdre une miette. Il connaissait le goût prononcé de Katsuo pour tout ce qui touchait à l’extravagance. Il fallait voir ces tenues vestimentaires plus folles les unes que les autres. Et si il s’était amené en jupe longue, cela ne l’aurait pas surpris. Le pire étant que cela lui irait comme un gant, à coup sûr, car Katsuo avait ce don de savoir accommoder les choses les plus disparates.

Dans le regard de celui-ci brillait cette convoitise obsessionnelle comme si le pied de la jeune femme eut été une confiserie. Loin d’être aussi comiquement  débile et aussi laid que son homonyme de manga japonais à la coiffure impossible, Katsuo était, la preuve étant irréfutable, un fétichiste des pieds, un vrai. Un amoureux ; un fou des petons.

Iscleef ne songeait aucunement à intervenir car ce qu’il voyait le laissait sur place et il se préparait déjà à tourner son collègue en ridicule. Le plus surprenant étant et il venait  de réaliser que ce qu’il avait interprété comme étant des élancements dans son crâne, avaient totalement disparus.

Au même moment, en caisse où il céda poliment sa place à Katsuo dans un sourire de connivence qui n’échappa guère à la cliente, retentissait le « comeback girl » des irlandais de Republic of Loose.

Une fois celle-ci partie : « Et Bien, mon cochon ! Tu nous as gratifié d’un putain de spectacle ! C’était quoi ça ? Tu concours pour le titre d’employé du mois ? J’ai bien cru que tu allais lui bouffer le pied à cette meuf, dit Iscleef, mort de rire.

            — Laisse tomber ! Tu ne peux pas comprendre.

            — Si, si, j’ai tout compris. En fait, tu es un gros malade !

            — C’est ce que je dis. Tout ça c’est d’un niveau trop élevé pour ta petite tête de piaf. Ça dépasse ton entendement de moineau, riposta Katsuo.

            — Conneries ! C’est en général la sortie qu’on choisit quand on s’est pas quoi répondre. Qu’est-ce que je n’aurai pas compris ? Dis moi, donc, ce que j’ai loupé ? Vas-y dis ! T’as rien à dire ! Je suis sûr que t’avais grave envie de te frotter sur sa cheville, lui dit-il. T’es grillé !

            — Pff ! Mais t’es con ou tu le fais exprès ? J’avais une véritable œuvre d’art entre les mains tout à l’heure. Elle avait des pieds magnifiques…

            — Ouais, j’ai vu  ça, cannibale ! T’en aurais bien fait ton quatre heures si je n’avais pas été là, avoue ?

            — Eh p’tit con ! Ça c’est ce que tu n’as pas vu, dit Katsuo, agacé, lui montrant un numéro de téléphone inscrit sur un ticket de caisse abîmé.

            — Alors n’oublie pas de lui dire que ce sont ses pieds qui te font bander ! Espèce de taré ! »

Katsuo ne renchérit pas. Il n’en voyait pas l’utilité. De plus, il avait l’habitude de ce genre de situation. Il adorait l’ambiance qui régnait ici et il connaissait trop bien Iscleef pour ne pas lui en vouloir. D’ailleurs, c’était étonnant que Ouenda ne soit pas encore passé les voir. Mais la journée n’était pas finie et il était de fermeture ce soir.

            Aux quatre coins du magasin qui était… désert, les enceintes crachaient à fond « Call me call me » des Seatbelts de Yoko Kanno. Iscleef mimait à la guitare et au violon, alors que Katsuo, adossé au comptoir, s’explosait les cordes vocales dans une interprétation à couper le souffle. Il était près de seize heures, arrivait l’heure de la délivrance. La journée de boulot d’Iscleef prenait fin. 

 

…/… Le firmament était parcouru par des myriades de stries roses et bleues qui donnaient cet aspect imaginaire à la ville emmitouflée dans une douce chaleur orangée de bien être.

            Magali était déjà là, dans la queue. Elle s’apprêtait à appeler Iscleef pour l’informer de son arrivée mais rangea son téléphone portable dès qu’elle le vit. Il y avait peu de monde et c’était tant mieux. Le gros de la troupe arriverait dans peu de temps.

Iscleef était ravi de pouvoir assister au concert de Natalia M.King, lui qui avait raté trois mois auparavant celui de Malia, la crooneuse afro-anglaise aux longues jambes interminables (cette dernière était tombée sous le charme de la voix de Liane Foly, avait-il appris) où Amel Larrieux (dont son touchant « Make me whole », l’avait définitivement séduit), une autre artiste qu’il adorait et qui avait assuré la première partie au Café de la Danse.

 

Magali n’était pas rentrée chez elle après le bureau apparemment car elle était encore en tenue de travail et trahit surtout par les inévitables petites auréoles sous les bras, nées de ce matin. Chemise blanche cintrée sur un joli pantalon en toile noir qui tombait à peine sur de fines chaussures noires aux bouts pointus où paraissaient ses talons nus, légèrement soutenus par une fine lanière. Si ses atours étaient aussi faits pour l’embellir, Magali enjolivait divinement tout ce qu’elle portait. On pardonne plus facilement aux belles gens peut-être parce qu’il se créer naturellement en nous un sentiment de sympathie pour elles. Et à supposer que Magali soit habillée en guenilles et en haillons, l’effet sur Iscleef n’en serait pas moins grand.

            Confortablement installés à l’intérieur de ce petit temple de la scène musicale, il y avait comme quelque chose d’intime et de convivial dans cet endroit magique qui avait vu passer tant d’artistes de renom. Tels Akosh S., Lokua Kanza, la voix de velours de Marcio Faraco ou encore  des anciens percussionnistes de Miles Davis, Mino Cinelu qui accompagnaient Natalia M.King ce soir.

            Ils se retrouvaient face à la sincérité de l’artiste avec sa guitare sous le bras qui semblait baignée dans une lumière d’un bleu apaisant aux reflets violets aussi irréels que surnaturels. Iscleef se surprenait de temps à autre à jeter des regards furtifs à Magali complètement subjuguée par la beauté de l’instant. Il avait cette joie de faire partager les choses qu’il aimait et se flattait lui-même de savoir que cela plaisait à Magali.

            La salle était archi comble mais une table leur était naturellement dévolue grâce à leur statut de premiers arrivants.

Il y eu une pose afin de permettre aux autres artistes de s’installer. Magali en profita pour se repoudrer le nez s’il fallait le dire ainsi. D’ailleurs, en se frayant un passage où elle avait un peu de mal à s’extirper de sa place. Elle slalomait entre les tables en faisant attention de ne rien renverser. Son postérieur stéatopyge ne passa pas inaperçu. Iscleef le remarqua dans les yeux ébahis et perdus d’un des spectateurs qui avait toutes les peines du monde à les décoller et dont le visage lui disait vaguement quelque chose. Lorsque Magali revint  avec toujours autant de difficulté, de vieux souvenirs remontèrent à la surface. Par ces manières très urbaines et subitement très amicales qu’avait le spectateur à la vue des jolies formes de Magali, Iscleef se souvint qu’il s’agissait d’un comédien qui jouait dans ce genre de téléfilm sirupeux de la semaine qu’on oublie sitôt après. Il lui vint un étrange sentiment. Iscleef était bizarrement satisfait de ce qu’il venait de voir.

 

Tous droits réservés – Enrick CINDY – Avril 2005

© Copyright – Enrick CINDY – Avril 2005

 

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