VIII
André
Il était vingt et une heure passées et il faisait encore jour. Toutes les places en terrasse avaient déjà été investies. André se senti moyennement soulagé lorsqu’il vit enfin débarquer Meylee. Il se leva et lui fit un signe de la main.
« Je te remercie d’être venue, dit André. Tu as l'air en pleine forme.
— Que voulais-tu me dire de si important, lui demanda t-elle.
— J’avais très envie de te revoir. Que veux-tu boire ?
— Un daiquiri s’il te plait ».
L’endroit semblait aussi cosmopolite que le design, dans un style très « pop art » était original. Le café Jade, situé en plein quartier Saint Germain des près, attirait aussi bien les connaisseurs et les habitués que les curieux et les badauds avides d’en être. Malgré la difficulté, André avait réussit à dénicher une table non loin de l’entrée. Ce qui lui avait permis de scruter une arrivée qui lui paraissait être une éternité de celle qui faisait battre son cœur. Aux platines, le DJ se lâchait littéralement sur le morceaux bien balancé de la surprenante Niko avec son « sound off », suivi d’un enchaînement inopiné avec l’agréable « Warm on the inside » des Crazy Penis (ou des Crazy P si on voulait faire son crâneur ou sa crâneuse) qui collait pourtant parfaitement à l’ambiance savoureuse et douillette de la soirée. Après s’être trempée les lèvres dans son raffiné breuvage, Meylee se voulu moins froide : « J’ai senti ton ton très grave au téléphone. Ça m’a inquiété. Que se passe t-il André ? Et qu’est-ce qui était si important au point qu’il faille qu’on se voie ce soir absolument, poursuivit-elle. J’espère que ça n’est pas ce que je crois, parce qu’on en a déjà discuté. J’ai été clair avec toi. On a eu nos bons moments mais tout ça c’est du passé maintenant.
— Ne sois pas si négative Mey. Honnêtement, dis moi pourquoi tu es venu si tu ne sais pas de quoi il retourne ? Tu n’es pas une femme qu’on oublie comme ça Meylee. Ne joue pas avec moi comme ça s’il te plait », dit-il en la regardant avec des yeux de braise au moment ou démarrait le non moins suave et à propos « Tired games » de MJ Cole.
« Je crois que tu me connais très mal finalement. Je ne joue aucun jeu avec toi », dit Meylee qui ajouta après un laps de temps très court : « Je te trouve quand même gonflé de me reprocher d’être venu ce soir. Et arrête de me regarder comme ça.
— Détend toi, détend toi Mey, dit-il calmement en lui prenant les mains. Je suppose que tu n’as pas mangé. Je t’invite. Tu n’as pas le droit de refuser. J’y tiens. On peut rester ici ou partir ailleurs. C’est à toi de décider ».
André s’était sournoisement glissé dans ce qu’il avait pressenti comme étant une brèche chez Meylee dès lors où il avait tenté d’apaiser le climat de tension qui régnait entre eux. Et les brèches chez Meylee, il connaissait. C’était comme ça, d’ailleurs, qu’il avait réussit à la séduire la première fois. Peut-être aurait-il la chance de lui soumettre le projet de sa vie qu’il le tourmentait depuis quelques temps déjà. Dans tous les cas, c’était un risque qu’il voulait courir. Sans quoi, sa vie n’aurait plus aucun sens.
Chez la famille Wasquerla, dont André était le dernier représentant, on était libraire de père en fils. Agé de trente-six ans sans femme et enfant, il avait été subjugué par cette superbe créature qui ce jour là, avait poussé les portes de sa librairie : Le livre d’or. Il s’en était suivi un jeu où chacun se cherchait du regard parmi la pile de livre, tout en se donnant l’air désintéressé. Il s’en souvint comme au premier jour. Au jeu du chat et de la souris où la distribution des rôles n’était plus très claire, il finit par fondre sur elle, tel un prédateur délicat. Quoique dépourvu de griffes, c’est avec ses yeux bleus ravageurs qu’il sut maintenir sa prise qui s’abandonna plus facilement que prévu, pour ce qui devait devenir sa seul raison de vivre.
L’amour qu’André éprouvait pour Meylee prenait des proportions démesurées à un point que cela portait préjudice à son activité. Peut-être, était-ce cela l’amour. A n’en pas douter c’était aussi de la souffrance. Ce fut non sans un effort surhumain qu’il essayait, désormais, de contenir son tourment à mesure qu’il réfléchissait sur la manière dont il devait annoncer ce qui alourdissait son cœur meurtrit. Et de faire de son rêve un désir qui deviendrait réalité…
Ils quittèrent ensemble le café Jade. Meylee sous l'effet de l'acool semblait plutôt disposée à se laisser raccompagner jusque chez elle, voire jusqu’à sa chambre ce soir. Si cette dernière destination paraissait être un but absolu, André voyait beaucoup plus grand. Il avait pour dessein une contrée nettement plus sacrée, là où l’union se créer. Là où les âmes se rencontrent. Là où les âmes fusionnent.
Tous droits réservés – Enrick CINDY – Avril 2005
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